American Beauty

abDate de sortie : 2 février 2000

Réalisé par : Sam Mendes

Cotation : 8/10 – Très bon film, à voir.

Synopsis : Lester Burnham, sa femme Carolyn et leur fille Jane habitent une élégante banlieue résidentielle digne d’un prospectus. Pavillons bourgeois discrètement cossus, pelouses manucurées – on pourrait sommeiller là pendant des années et rêvasser à l’abri des tracas du monde. Mais derrière cette respectable façade se tisse une étrange et grinçante tragi-comédie familiale où désirs inavoués, frustrations et violences refoulées conduiront inexorablement un homme vers la mort.

Avis : L’Amérique par le trou de la serrure. Un film sur les apparences, sur ce que cachent les jolies barrières blanches des maisons américaines. Un premier film totalement maîtrisé. Des comédiens tout simplement parfaits. 5 oscars en 2001 dont celui du meilleur film. Quand l’Amérique se moque d’elle même, ça donne souvent de très bons films. Et American Beauty en fait partie.

Le rêve américain brisé à travers la vie et l’entourage de Lester Burnham. Un homme ayant perdu le goût de la vie : il a une jolie maison, une jolie femme, une vie on ne peut plus banale… Il n’a plus envie de rien. La voix-off au début nous le précise : Lester a raté quelque chose. Reste à savoir quoi. Son but sera dès lors de retrouver goût à la vie, lorsqu’un déclencheur (son coup de foudre pour une amie de sa fille) viendra le réveiller de sa léthargie. Un Monsieur-Tout-le-Monde aux premiers abords qui se révèle finalement être un homme nostalgique de sa jeunesse révolue (il plaque son job pour bosser dans un fast food, refait du sport, fume des pétards…).
Autour de lui, toute une autre galerie d’images classiques de l’Amérique : le militaire strict, la pin-up du lycée, la femme matérialiste obsédée par la réussite, l’ado mal dans sa peau…

Classique, à l’image de la rue étonnamment banale qui ouvre le pré-générique (« voici ma rue. Voici ma vie »), la banalité est partout dans cette Amérique lissée et puritaine. Mais comme le dit un des personnages, il n’y a rien de pire que d’être banal et chaque personnage se voit offrir une autre facette, derrière les apparences bien trompeuses. Aucun des personnages n’est banal. Mieux, ils sont tous extrêmement touchants et vrais. Si en public, ils se révèlent plats, affichant l’image qu’ils veulent renvoyer (voir la séquence où Madame Burhnam demande à son mari d’incarner le rêve qu’elle est censée vendre), ils deviennent tous, dans le privé, de vraies personnes sensibles. Mendes s’arrange toujours pour isoler ses héros au moins une fois, pour les saisir dans leur solitude : Carolyn fermant les rideaux d’une maison pour pleurer, Angela s’isolant dans les escaliers de la maison, le jeune voisin observant ses blessures dans le miroir…

Bref, le film nous invite à regarder derrière les apparences. Ces habitants de quartiers trop tranquilles sont finalement de vraies figures tragiques. Des images lisses qui masquent pourtant une autre personnalité plus intéressante qu’elle n’y paraît. Un des personnages dit qu’il n’y a rien de pire que la banalité. Le déroulement de l’intrigue finira par rendre chacun des personnages moins ordinaire que le stéréotype auquel il est identifié. La bimbo est vierge, le réac est un gay refoulé… Bref, le scénario n’épargne personne, fait de chacun un être à part, se cachant derrière des apparences véhiculées par une société aseptisée (le canapé italien est un signe de luxe qu’il ne faut surtout pas abîmer, le sexe est exclu du couple et est un sujet tabou)…

Mendes égratigne donc le rêve américain, symbolisant tout son film par la récurrence du rouge : signe d’élégance et de luxe (les roses du jardin, la tenue de Carolyn, l’entrée de la maison), il est aussi vénal et annonciateur de mort (la cervelle éclaboussant le joli mur blanc) et érotique (les fleurs rouges ponctuant chaque fantasme de Burnham). Une couleur éclatante dans un monde incroyablement fade (les arbres sans feuilles, la blancheur trop lisse des maisons) qui pourrait bien signifier qu’il faut à tout prix éviter de chercher à avoir la vie parfaite (la famille parfaite, la maison parfaite) pour mettre un brin de folie dans sa vie. Le jeune couple est avant tout marginal, l’homo est tellement frustré qu’il ira jusqu’au meurtre, la pin-up prendra enfin conscience d’elle même dans les bras d’un quadragénaire…

Au-delà de la réussite du scénario d’Alan Ball, on admirera la maîtrise de la mise en scène de Sam Mendes , dont c’est le premier film, qui compose chaque plan avec une infinie précision et une fluidité exemplaire. Il vient du théâtre et cela se sent dans sa direction d’acteurs (casting impeccable. Spacey et Bening n’ont pas volé leur Oscar) et dans le dénouement, presque théâtral, avec son ambiance de film noir insidieuse (le film s’ouvre à la manière d’un thriller : comment Burnahm va-t-il mourir ?). La musique, parfaitement discrète et dans le ton… Un sans faute. Une invitation à savourer la beauté discrète du monde (voir le sentiment d’apesanteur qui nous envahit lors de la scène du sachet plastique) et à vivre notre vie sans se conformer au normes (Jane trouve le bonheur dans les bras d’un jeune marginal qui la comprend, le couple gay est heureux).

American Beauty est donc un film parfaitement maîtrisé (les mauvaises langues diront trop), d’une grande finesse d’écriture et de mise en scène, nous faisant passer facilement du rire aux larmes et politiquement incorrect. Une plongée dans l’Amérique que l’on ne voit pas souvent, celle qui ne se dévoile que par l’entremise d’images volées (le recours aux images vidéo du voisin voyeur). A voir absolument. (Source : LCI)

Lien Allociné

Lien IMDb

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Classé dans 2000, 8/10, Drame, Drame psychologique

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